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Apprendre à revendiquer sa valeur

Par Ann-Marie Gelinas

Bien des gens que je connais — et plus souvent des femmes, sans vouloir généraliser à outrance — ont du mal à revendiquer leur valeur. Pourquoi? Pour toutes sortes de raisons qui s’expliquent rationnellement et qui finissent par devenir des facteurs qui empêchent de s’élever plus haut, que ce soit dans une hiérarchie formelle ou dans l’échelle plus fluide et informelle de leur profession.

Les quatre étapes de la compétence

D’abord, il y a la notion de compétence, qui peut sembler difficile à mesurer. Et elle est surtout difficile à mesurer quand on atteint le stade de compétence inconsciente. Au départ, avant qu’il entreprenne quelque chose de nouveau, l’humain se trouve dans un stade d’incompétence inconsciente : il ne sait pas qu’il ne sait pas comment réaliser une activité en particulier.

Puis, lorsqu’il s’y intéresse et qu’il commence à mettre en pratique les concepts nouvellement appris, il se retrouve à l’étape de l’incompétence consciente. Il s’agit généralement d’un point charnière parce qu’il entraîne un sentiment d’inconfort. Bien souvent, l’une de deux choses se produit : soit on cesse l’activité pour éviter de revisiter sans cesse son incompétence (bien que temporaire), soit on redouble d’efforts pour arriver le plus rapidement possible à la prochaine étape.

Dans un cas comme dans l’autre, le sentiment d’incompétence peut mener à la démotivation ou à la motivation. Dans le premier cas, on réagit par l’évitement alors que, dans le deuxième, on tend vers le dépassement. Mais dans les deux cas, on souhaite chasser le sentiment d’inconfort qui nous accompagne, tout simplement parce que le cerveau travaille constamment à nous ramener dans une zone de confort pour assurer notre survie. Quand tout semble difficile et incertain, le cerveau l’interprète comme une menace qu’il faut absolument éradiquer pour protéger notre survie. D’où l’impression de devoir constamment se battre contre une force invisible quand on choisit délibérément de « sortir de sa zone de confort ».

Ceux qui n’ont pas abandonné accèdent alors au stade de la compétence consciente. Ici, on sait ce qu’on sait, et comment faire, et on s’exécute avec présence et attention, avec la volonté de bien faire les choses et un certain sens d’autocritique. On se sent capable et en contrôle, mais rien n’est encore acquis. Ce sont nos efforts conscients qui, sans cesse répétés, pourront nous mener vers la dernière étape : la compétence inconsciente.

Le paradoxe de la maîtrise

Et c’est là où, paradoxalement, on perd souvent tout sens de notre valeur. On ne sait plus, à ce stade, tout ce que l’on sait, et on ne perçoit plus comme un effort tout ce qui est exigé de nous pour parvenir à un résultat satisfaisant, voire optimal. Et puisqu’on ne mesure pas toute l’énergie physique, mentale ou intellectuelle déployée pour arriver à ce résultat, on tend à ne pas accorder beaucoup de valeur au processus qui nous a permis de l’obtenir.

C’est pourtant l’accumulation de la volonté à demeurer dans l’inconfort, de la répétition, des efforts conscients, de l’attention et du désir de s’améliorer qui a conduit à la maîtrise de l’activité pratiquée, alors que beaucoup d’autres ont abandonné en chemin. Et tous ses ingrédients, combinés, composent la valeur.

Le talent n’exclut pas l’effort

De plus, on me sert parfois l’argument du talent naturel. Est-ce qu’on devrait valoriser davantage un résultat remarquable s’il a été produit par une personne qui avait à la base un talent naturel dans cette sphère ou ce domaine? Ma réponse est oui, assurément. Pour deux raisons.

Premièrement, ce qui peut sembler un « talent naturel » est souvent l’amalgame d’autres facteurs sous-jacents. Prenons l’exemple d’un rédacteur exceptionnel. S’il possède une maîtrise de la langue innée, ce n’est souvent pas le seul élément qui compose sa compétence. Il y a de fortes chances qu’il lise beaucoup, parce que la langue l’interpelle naturellement, et qu’il accumule énormément de matière première, ce faisant. Il risque fort aussi d’avoir développé une curiosité hors norme pour son champ d’expertise et de fouiller constamment les ouvrages en quête de réponses à des questions obscures et pointues que seule une poignée de gens se posent.

Alors, il devient expert dans son domaine. Il pourrait aussi bien passer ses soirées sur Netflix et ne se fier qu’à ses connaissances déjà impressionnantes pour rédiger, mais il a pris l’habitude d’en faire plus, puisque son talent le nourrit. Il stimule son sentiment de dépassement de soi et de satisfaction, tendant à élever son travail au rang de vocation plus que de profession.

La valeur de ce qu’on apporte aux autres

Deuxièmement, si vous faites appel aux services de ce rédacteur exceptionnel, c’est parce qu’il peut non seulement effectuer le travail pour vous, mais qu’il peut le faire soit plus rapidement, soit mieux ou encore les deux. Cette économie d’énergie revêt forcément une valeur; le rehaussement de la qualité et la rapidité d’exécution, eux, en recèlent une plus grande encore.

La prochaine fois que vous vous demanderez si ce devis que vous présentez à votre client est trop élevé ou si ce taux horaire que vous réclamez semble exagéré, essayez d’énumérer tout ce qui se trouve à la base de cette compétence qui vous habite aujourd’hui de façon plus ou moins consciente.

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Ce texte vous parle? Vous auriez envie de revendiquer votre valeur, mais les arguments, la conviction ou le courage vous manquent? Je peux vous aider à travailler vers cet objectif.