Quand on cesse de s’habiter
Je l’ai déjà vécue, cette sensation d’engourdissement. Je ne parle pas de déprime ni de dépression, ni même de consommation. Je parle d’un état où on est fonctionnel, participatif, même, mais où tout semble flotter à la surface sans jamais vraiment nous atteindre.
On prend une pause et on essaie de se souvenir de la dernière fois où on a éprouvé du plaisir, pour vrai. Et la réponse ne vient pas. Puis on essaie de se remémorer la dernière fois où on a ressenti de la tristesse, et la réponse ne vient pas non plus. On pense aux projets qui sont sur la table, et rien ne nous enthousiasme réellement, mais rien ne nous décourage non plus. On avance, au quotidien, sans plus vraiment se questionner. La vie n’est pas pénible ni éprouvante, mais elle n’est pas pleinement satisfaisante non plus.
Ce genre d’état n’a rien d’alarmant, ce qui ne veut pas dire qu’il faille l’ignorer pour autant. Car, lorsque la vie perd un peu de sa saveur, c’est souvent que quelque chose en nous s’est tranquillement endormi. Une lueur, un rêve, une passion ou même simplement une facette de nous. Un aspect de notre personne qu’on a commencé par négliger, par obligation, par nécessité ou par manque de temps ou d’énergie, puis qu’on a complètement mis de côté au fil des mois ou des ans.
Quand le corps donne l’alerte
J’ai constaté que j’étais dans un état d’engourdissement le jour où j’ai réalisé que je n’avais plus vraiment de libido. J’étais seule depuis plusieurs mois, et la sexualité avait dégringolé dans l’échelle de mes priorités jusqu’à n’avoir plus aucune importance. J’étais passée insidieusement d’une femme épanouie et sexuellement active à un être asexué. Et ce constat m’a donné le vertige.
J’ai d’abord cru que c’était dans l’ordre des choses, pour une femme célibataire de la mi-trentaine, entrepreneure et maman de trois enfants, de ne plus éprouver de désir sexuel et donc de ne plus avoir de vie sexuelle. Mon horaire et mon cerveau étaient déjà bien chargés, je n’avais tout simplement plus de place pour cette tranche dans cette tarte qu’était ma vie. Mais quelque chose au fond de moi ne croyait pas du tout à cette explication pour le moins simpliste.
J’en suis donc venue à une conclusion effrayante : si ce n’était pas normal de m’assécher ainsi, alors il fallait faire quelque chose. Mais quoi? M’inscrire sur un site de rencontre? Me trouver un amant? Faire un appel désespéré à une ex-fréquentation? Tout me semblait lourd, compliqué et malhonnête (envers moi-même).
Réveiller les sens
Alors j’ai commencé doucement à opérer certains changements en apparence anodins pour reprendre contact avec ce corps qui s’était apparemment détaché de mon esprit. Je me suis mise à prendre de longues douches en laissant l’eau couler sur moi sans presse, sans rien faire d’autre que me tenir debout sous le jet. Puis à me laver avec une houppette gorgée d’un savon au parfum qui éveillait mes sens. Je me suis offert des moments dehors, à juste ressentir le vent sur mon épiderme et les frissons qui font dresser mes poils. Je me suis mise à acheter des chandails et blouses au tissu doux, fin ou soyeux, pour offrir des caresses à ma peau, moi qui n’avais jamais accordé d’importance au confort de mes vêtements.
Un peu plus tard, j’ai pris rendez-vous avec mon massothérapeute pour sentir de nouveau des mains sur moi, juste le contact, sans aucune arrière-pensée. Sentir mon corps palpé par des mains extérieures aux miennes. Et j’en suis venue également à sentir ce même corps sous mes propres doigts. Des doigts qui ont cette capacité de caresser comme des doigts d’amant, mais qui jamais ne s’étaient attardés à mon propre corps.
Recommencer à s’habiter
En quelques mois, j’ai donc recommencé à habiter mon corps. Et, petit à petit, sans même m’en apercevoir, le désir est réapparu. Je me suis soudainement surprise à admirer des épaules d’homme découpées, un avant-bras défini, des lèvres charnues ou un fessier rebondi. Le reste est arrivé naturellement. Parce que plus je m’habitais, plus je dégageais la femme complète que j’avais cessé d’incarner : dynamique, cérébrale et intellectuelle, mais aussi intuitive, sensuelle et sexuelle. Et tout ça, les autres le perçoivent aussi.
Une étincelle qui en rallume une autre
Et pendant que je travaillais à me désengluer, j’ai commencé à rédiger une autofiction. Un projet fou que je chérissais depuis l’enfance, et auquel j’ai consacré religieusement une journée par semaine pendant un an et demi.
Je ne suis pas certaine de savoir si la réappropriation de ma sexualité a été à l’origine du déclenchement de ma créativité ou si c’est l’inverse qui s’est produit, mais j’ai l’intuition que les deux se sont magiquement nourris l’un de l’autre.
Comme quoi la magie existe. Mais rarement sans qu’on l’invite consciemment.
**
Cet état d’engourdissement vous semble familier? Vous auriez envie d’explorer les possibilités pour retrouver cette version de vous qui était pleinement vivante? Je vous accompagne avec plaisir.