La peur du regard des autres
Pendant plusieurs mois, après avoir décidé de la nouvelle tangente qu’allait prendre mon parcours professionnel, je n’ai pas osé dire tout haut que j’allais devenir coach. Quand on me questionnait sur ma réorientation de carrière, j’ai d’abord répondu que j’allais profiter pleinement de l’été tout en terminant ma formation professorale en yoga. Puis je me suis mise à dire que j’allais enseigner le yoga, ce qui dessinait immanquablement des points d’interrogation dans le visage des gens. « T’as trois enfants, t’es monoparentale, t’as une maison, et tu vas donner des cours de yoga? C’est ça, ton grand plan de changement de carrière? »
On ne me le disait pas directement, mais je le voyais bien dans le regard dubitatif des gens. Quand ce n’était pas carrément de la désapprobation que je lisais. Puis j’ajoutais vaguement que je réfléchissais encore à mes options, que je prenais du temps pour moi, que l’optique de monter et donner mes propres formations en rédaction m’intéressait aussi. Mais je ne mentionnais rien sur le coaching personnel ou professionnel.
Le réflexe de la projection
J’avais peur du jugement des autres. Je craignais que, comme moi au départ, ils associent le coaching à des pratiques chamaniques modernes ou à des discours de gourous de sectes. Ou simplement à un sous-métier. Quelque chose que tout le monde peut faire, une mode, une tendance. Je me disais que les gens se demanderaient à quoi bon payer pour des services qu’ils pouvaient, dans leur esprit, obtenir gratuitement. Qu’ils se diraient qu’ils ont une sœur, une mère ou un meilleur ami qui peuvent les écouter et les conseiller sans leur envoyer de facture par la suite.
Je commettais une grave erreur, ici. Je présumais que, comme moi, les gens ignoraient ce qu’était réellement le coaching professionnel et donc la valeur de ce service. Peut-être en fait le comprenaient-ils parfaitement, et même mieux que moi? Peut-être avaient-ils déjà eu recours à un coach personnel ou professionnel à un certain moment dans leur vie? Peut-être qu’ils ne savaient pas réellement en quoi consistait le coaching, mais qu’ils en avaient une opinion plutôt neutre ou même positive, au contraire de moi?
Traduction et coaching : des métiers différents, un même combat
Et j’ai fait à ce moment-là un parallèle presque parfait avec mon ancien métier. Quand j’annonçais aux gens que j’étais traductrice, ceux qui ne connaissaient rien au métier me lançaient toujours les mêmes questions ou commentaires :
- Tu parles combien de langues?
- Moi aussi, je suis bilingue, et on me demande souvent de traduire des documents, au bureau.
- Qui paie pour de la traduction?
J’essayais de ne pas trop rouler les yeux de découragement.
D’abord, on n’a pas besoin de parler plus que deux langues pour traduire. Mais là encore, « parler » est réducteur. Il faut « connaître » deux langues. Ensuite, ce n’est pas parce qu’on est bilingue qu’on maîtrise forcément la langue d’arrivée. Pour traduire, il faut d’abord avoir une excellente plume. Et les excellentes plumes ne courent malheureusement pas les rues, malgré ce qu’en pensaient nos gentilles enseignantes du secondaire. Finalement, toutes les entreprises du monde qui souhaitent adapter leur message à l’un de leurs publics cibles et pas simplement « transférer un texte dans une autre langue » savent pertinemment qu’il faut s’adjoindre les services d’un professionnel pour obtenir ce résultat et donc payer pour de la traduction.
Je ne comprenais pas que les gens ne comprennent pas tout ce que traduire implique. Je me sentais incomprise, diminuée, dévalorisée. Comme si traduire était une sous-tâche dont à peu près tout le monde pouvait s’acquitter et non une profession à part entière.
On ne comprend vraiment que ce qu’on connaît
Mais c’était mon métier. Je le côtoyais intimement depuis des années et j’avais des centaines d’exemples de mots ou de phrases dont l’adaptation relevait davantage du savoir-faire et de la créativité, voire parfois du génie, que de la traduction.
Inversement, quand je m’adressais à des personnes qui connaissaient la profession, j’avais souvent droit à des manifestations d’admiration :
- Tu dois être une excellente rédactrice à la base.
- C’est tellement difficile, traduire! Y’a tellement de possibilités, et il faut choisir la meilleure.
- C’est franchement frustrant, la traduction! Y’a plein de termes ou d’expressions qui n’ont pas d’équivalents parfaits.
Là, je savais qu’ils comprenaient. Et soudainement, je me sentais comprise, validée, valorisée.
C’est ce constat qui m’a permis de sortir du placard. De m’afficher comme coach personnelle et professionnelle. J’ai compris qu’il y aura toujours des gens qui ne comprendront pas. Et il y aura toujours de mauvais coachs ou des coachs imposteurs. Comme il y a de mauvais traducteurs et de soi-disant traducteurs qui ne font que recracher textuellement ce que produit l’IA. L’important, au fond, c’est de savoir qu’on possède des compétences, et que ce qu’on fait compte réellement.
Alors, il faut creuser un peu tout en gardant l’esprit ouvert. Remplacer le jugement par la curiosité, et éviter de généraliser à partir d’une ou deux mauvaises impressions ou expériences.
C’est ce que je me suis promis de faire, à l’avenir.
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Que se passerait-il si vous laissiez un peu moins de place au regard des autres pour faire plus de place à ce qui vous appelle vraiment? Si vous ressentez l’élan d’explorer, je vous accompagne avec plaisir.