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Le réveil de la créativité

Par Ann-Marie Gelinas

Mon père est un homme très cartésien. Un cérébral, qui aime les chiffres, les calculs et les statistiques. Il a fondé une entreprise de courtage alimentaire il y a une quinzaine d’années, qu’il dirige avec sa femme depuis leur domicile. Et parfois, sa femme le cherche. Puis elle le trouve au bout de leur quai, assis dans une chaise Adirondack, à contempler le plan d’eau et la nature autour. Il peut y passer une heure ou deux, complètement immobile.

Pourtant, mon père n’est pas du genre contemplatif. D’ailleurs, ce qu’il fait, ce n’est pas contempler. Il réfléchit. Il s’accorde du temps et de l’espace pour vraiment réfléchir. Pour trouver une solution à un problème. Ou pour échafauder un plan. En d’autres mots : pour laisser place à la créativité afin de penser autrement.

La créativité n’est pas un talent

Je connais plein de gens aussi cartésiens et cérébraux que mon père. Et quand je leur parle de créativité, ils répondent promptement qu’ils ne sont pas créatifs. Certains vont même jusqu’à dire qu’ils n’ont pas besoin de la créativité dans leur vie.

Permettez-moi d’en douter. Ou plutôt, de rectifier. Les gens ont souvent une compréhension limitée de ce concept. Pour eux, la créativité est automatiquement associée à une forme d’art. Les peintres, les sculpteurs, les musiciens et les poètes sont forcément des êtres créatifs. Mais la créativité ne se limite pas aux arts; elle existe partout où on n’emprunte pas le chemin habituel.

Changer d’environnement, changer d’idées

C’est aussi valable pour les réflexions de mon père. Quand il se trouve devant un problème et que la solution évidente ne le satisfait pas, il se met en quête d’une solution différente. Et pour réfléchir différemment, il a le réflexe de quitter son bureau. De sortir de son environnement de travail habituel, dans lequel il côtoie sans cesse les mêmes couleurs et textures et où ses yeux se posent constamment sur les mêmes objets. Le chemin mental est prévisible. Son bureau est donc réservé à l’action. À la productivité. À la mise en œuvre des solutions, mais pas à leur quête.

Les conditions favorables à la créativité

La créativité repose donc sur deux principes : l’inhabituel et la tranquillité. Pour que notre cerveau se mette à emprunter des chemins différents, il faut le plonger dans un environnement qui ne lui est pas familier, du moins, pas pour les tâches à accomplir. C’est sans doute pour cette raison qu’on a tant d’idées sous la douche. En principe, la douche est l’endroit qui sert à se laver. Mais, comme notre cerveau est loin de l’ordinateur ou de la cuisine, le slogan parfait ou l’ingrédient manquant pour rendre cette recette savoureuse surgit alors que notre corps entier est recouvert de mousse.

C’est aussi ce qui explique que les télétravailleurs ont envahi les cafés. Non seulement leur milieu de travail leur est familier, mais il cohabite intimement avec leur milieu de vie. Tout ce qu’il y a de plus connu.

L’autre facteur à la base de la créativité est la tranquillité. À moins que notre vie en dépende, il est pratiquement impossible de trouver dans l’urgence une solution originale à une problématique complexe. Il faut laisser à l’esprit le temps de se placer. À l’effervescence, le temps de se calmer. C’est lorsque le calme et la tranquillité s’installent que les meilleures idées peuvent faire surface.

Le vocabulaire qui entoure ce concept est d’ailleurs riche et éloquent. Les cooccurrences sont nombreuses : laisser décanter ses idées, une idée qui germe, l’idée émerge, mûrit, fait son chemin. Il n’y a pas de presse, ici, rien de précipité. Tout arrive lentement, sans hâte. Rien ne peut être forcé.

La productivité ne suffit pas

Notre monde valorise peu la créativité. Rares sont les patrons qui octroient à leurs employés des heures entières consacrées uniquement à la réflexion, encore moins des jours.

En favorisant la productivité au détriment de la créativité, les entreprises se privent de propositions originales qui pourraient devenir pour elles de précieux facteurs de différenciation. Et dans un monde où la concurrence est féroce et où se démarquer devient le nerf de la guerre, il est d’autant plus étrange que l’esprit à la base des idées créatives soit si peu convoité et que le temps nécessaire à la création soit si peu respecté.

Réapprendre à réfléchir

Si vous sentez que votre créativité ne vous a pas rendu visite depuis trop longtemps, accordez-vous (ou demandez à ce qu’on vous accorde) du temps pour vraiment réfléchir, sans pression ni contrainte, dans un endroit qui vous est étranger.

Ce qui ressortira de cette période de cogitation solitaire pourrait bien vous surprendre.

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Vous avez envie de provoquer votre créativité en brassant des idées avec un partenaire de réflexion qui vous entraînera en terrain inconnu? Je serais ravie de vous aider à réfléchir autrement.